Massinissa Selmani, l’art de l’absurde (FR)

01 September 2017

© Copyright 2017 Le Monde. Roxana Azimi

De son coup de crayon délicat, l’artiste Algérien compose des scènes décalées, dont l’humour flirte avec la tragédie. Ses dessins tout en sobriété sont à découvrir à Paris, jusqu’au 22 octobre.

A 37 ans, Massinissa Selmani a toujours dans la voix une timidité mâtinée de doute. Comme s’il n’en revenait pas d’être sollicité. Bien que plébiscité en 2015 à la Biennale de Venise, où il décroche une mention spéciale du jury, et à la Biennale de Lyon la même année, le jeune Kabyle n’a pas la grosse tête. Ni les dents longues. Pour sa première exposition personnelle à Paris, en 2013, il a préféré aux enseignes les plus puissantes la Galerie Mamia Bretesché, alors sise 66, rue Notre Dame de Nazareth, dans le 3e arrondissement. « J’aime l’idée qu’on grandisse ensemble, confie-t-il. Après Venise, ça m’effrayait d’atterrir dans une grosse galerie, de ne pas suivre la cadence, d’être écrasé. J’ai un rythme de travail plus long, j’ai besoin de temps. »

« Je suis obsédé par l’idée de faire de l’art avec le minimum de moyens.» Massinissa Selmani

Le temps, voilà son maître mot. Pour tranquilliser ses parents, le jeune homme sage suit d’abord des études d’informatique, à Alger. Son diplôme en poche, il s’inscrit à 25 ans à l’école des beaux-arts de Tours. Plus âgé que la moyenne de ses condisciples, il est déboussolé. « Les trois premiers mois, j’étais perdu, raconte-t-il. Vous imaginez, voir une exposition de Daniel Buren alors que mes références s’arrêtaient au XIXe siècle ! Je pensais qu’un artiste c’était un peintre devant son chevalet. »

Très vite, il trouve toutefois son terrain de jeu : le dessin. « Je suis obsédé par l’idée de faire de l’art avec le minimum de moyens », dit-il. Son trait est à son image, gracile et modeste. Massinissa Selmani est un virtuose qui refuse les effets de manche. L’artiste s’inspire de détails extraits de photos de presse qu’il recompose en d’absurdes combinaisons : un ventilateur jouxtant un homme qui harangue une foule invisible (Promesse #3) ; des Butagaz posés çà et là tandis que des gosses escaladent une barrière ; un guépard échappé d’on ne sait quel zoo. Le contexte, toujours hors champ, est souvent tragique.

« On ne m’invite pas pour ma nationalité »

Le drame, Massinissa Selmani l’a côtoyé pendant les années de plomb en Algérie. « A Tizi Ouzou, on voyait les bombardements de l’armée, mais la vie continuait le plus normalement du monde en bas de l’immeuble, raconte-t-il. Les gens ont toujours pratiqué l’humour comme mécanisme de défense. » Pour autant, à l’inverse de certains autres artistes du Maghreb, il n’a pas fait de ses origines un thème précis. « Mon œuvre n’est pas référencée “Afrique du Nord”, dit-il. La nature de mon travail me protège de ça. On ne m’invite pas pour ma nationalité. »

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