Résistance, disent-ils | Article by Le Monde.fr featuring the artist M'barek Bouhchichi

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"Qu’est-ce que la résistance du Sud et comment s’exprime-t-elle ? Si on exclut quelques artistes dont on se demande ce qu’ils font là (la vidéo filiale de la Nord-Américaine LaToya Ruby Frazier, artiste par ailleurs très intéressante, ou le « philosophe en résidence » Paul Preciado), on navigue, au fil de l’exposition entre résistance subtile, discrète, allusive, et résistance plus affirmée, plus politique, avec des oeuvres plus activistes, lisibles plus aisément selon une grille politique, parfois d’artistes eux-mêmes engagés dans la lutte. Mais ces deux axes ne s’opposent pas, ils forment un continuum, une gradation, et certains artistes jouent sur les deux registres : ainsi le Palestinien de Gaza Taysir Batniji, dont la série Les Pères, plus subtile, affirmant l’identité, l’ancrage dans le territoire, est présentée ici, plutôt que les annonces immobilières de GH0809 ou les miradors de Watchtowers, oeuvres plus directement critiques. Rangeons tout de suite de côté le discours convenu selon lequel un art au service d’une cause ne serait plus de l’art : c’est un discours européen, blanc et bourgeois, qui vise à formater la résistance dans l’art, et qui ne s’applique guère au sud du Tropique du Cancer (ni dans l’URSS naissante, ni en mai 1968, ni …). Ici, au contraire, les dimensions artistique et politique sont inséparables. L’essai de Christine Macel dans le catalogue pose d’ailleurs très bien certaines de ces questions : l’éthique peut-elle suffire à l’art ? la récupération par l’institution (muséale ou privée) annule-t-elle la résistance ? Et heureusement qu’il n’y a pas de réponses univoques."

M’barek Bouhchichi, Imdyazen (les poètes) #3, 2018, installation, bois et cuivre, détail

 

"Les oeuvres de résistance discrète sont souvent très poétiques, ainsi ces treize bâtons appuyés contre un mur (plus haut) sur lesquels sont gravés des vers du poète M’barek Ben Zida en écriture amazigh (une culture opprimée par la culture arabe, un alphabet longtemps interdit, signe d’une résistance à l’intérieur du Sud même) : Imdyazen (les poètes) est une installation du Marocain M’barek Bouhchichi, des bâtons que les conteurs sur la place publique utilisent (utilisaient, ils se font rares) pour scander leur diction. Résistance culturelle, résistance poétique, subtilité visuelle (ci-dessus : détail de l’inscription sur un des bâtons ; peut-être qu’un de mes lecteurs pourra traduire)."(...)

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13 October 2020
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