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HORTUS: JELLEL GASTELI SOLO EXHIBITION

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12 December 2025 - 20 January 2026
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HORTUS, JELLEL GASTELI SOLO EXHIBITION
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EN

 

"1983, I step into the Henson garden through the prickly pear hedge that protected the property. Shielded by the density of the vegetation, only the proximity of the guard could jeopardise my clandestine visit. I discover a place where plants interlace and compete with one another, clinging to eucalyptus and acacia, a refuge for peacocks. I walk openly along the long sandy path bordered with cypress trees that leads to a pond. A flight of steps rises toward the bushes of the small dune that borders the beach. Safe from the danger, I notice, from afar, a silhouette. A few months later, I return and ring the bell at the wrought-iron gate."

- Jellel Gasteli

Translated to english by Racha Khemiri

FR

 

"1983, j’entre dans le jardin Henson par la haie de figuiers de Barbarie qui protégeait la propriété. Camouflé par la densité de la végétation, seule la proximité du gardien mettait en péril ma visite clandestine. Je découvre un lieu où les plantes s'enlacent et rivalisent entre elles en s’accrochant aux eucalyptus ou aux acacias, refuge des paons. Je marche à découvert sur la longue allée de sable bordée de cyprès qui mène à un bassin. Une volée de marches mène jusqu’aux buissons de la petite dune qui borde la plage. Hors de danger d’être pris sur le fait, je remarque de loin, une silhouette. Quelques mois plus tard, je reviens sonner au portail en fer forgé."

Jellel Gasteli

 

 

 

 

 

Hortus 

 

1983, j’entre dans le jardin Henson par la haie de figuiers de Barbarie qui protégeait la propriété. Camouflé par la densité de la végétation, seule la proximité du gardien mettait en péril ma visite clandestine. Je découvre un lieu où les plantes s'enlacent et rivalisent entre elles en s’accrochant aux eucalyptus ou aux acacias, refuge des paons. Je marche à découvert sur la longue allée de sable bordée de cyprès qui mène à un bassin. Une volée de marches mène jusqu’aux buissons de la petite dune qui borde la plage. Hors de danger d’être pris sur le fait, je remarque de loin, une silhouette. Quelques mois plus tard, je reviens sonner au portail en fer forgé. 

Le gardien me guide jusqu’à une femme debout sur le perron envahi par un immense bougainvilliers tentaculaire, qui dissimule les arcades de la véranda de la maison. Elle se tient debout sur le damier noir et blanc du sol, les cheveux parfaitement tirés en arrière, une petite mèche aplatie et courbée sur chaque tempe, elle me regarde approcher avec un regard intrigué, les yeux plissés brillants et rieurs, tout en retirant ses gants de jardinage en toile et cuir. 

 

Après m’avoir invité à entrer, elle me fait traverser un long couloir sombre vers un salon aux canapés fleuris de grandes pivoines roses. Je lui raconte mon intrusion indélicate, poussé par ma curiosité de connaître l’histoire de ce lieu. 

 

La bienveillance de Leïla transforma l’intrusion et la franchise en amitié. 

 

Elle m’invita à « habiter la maison pour m’en imprégner et faire mes gammes en photographie » j'acceptais avec reconnaissance. 

Le jardin Henson était un lieu rare. Si certains y étaient invités à déjeuner ou à boire une citronnade, y séjourner était exceptionnel. Dans ma chambre, une fresque murale de Jalel Ben Abdallah épousait la voûte, souvenir d’une œuvre de jeunesse peinte in situ à l’invitation de Jean Henson. 

 

C’est donc à l’invitation de Leïla Menchari que j’ai habité la villa de Jean et Violet Henson. Adolescent, je m’intéressais à l’histoire des premières maisons du golfe de Hammamet comme celles de George Sebastian, de George Hoyningen-Huene et Paul Horst, entre autres. 

 

Familiarisé avec les lieux, je découvris dans la bibliothèque un coffre en bois contenant correspondances, dessins et photographies en noir et blanc. Autant de figures comme des génies du coffre. Violet et Jean Henson, Christian Bérard, Luchino Visconti, Wallis Simpson et Edward VIII, Jean-Michel Frank, Diego Giacometti, Jean Cocteau ou Khaled Abdul-Wahab. 

 

Parmi les souvenirs les plus singuliers de mes séjours, je garde en mémoire les virées à moto, sur les hauteurs de Hammamet, avec Leïla en passagère et les sorties en mer avec Bettina Graziani, qu’elle avait invitée un été. Véritable icône des années soixante Bettina me racontait, avec humour, une multitude d’anecdotes sur sa carrière de top-model chez Hubert de Givenchy ou Jacques Fath et ses croisières avec Ali Khan. 

 

Conservées précieusement comme des images latentes qui témoignent d’un temps intimement lié à mon existence, les photographies de la série Hortus ont longtemps mûri dans le secret d’un portfolio, jusqu’au jour où l’on m’a convaincu d’exposer cette série de paysages botaniques. 

 

Hortus est une des facettes de la mémoire visuelle que la photographie m’a permis d’acquérir. 

 

Ces tirages photographiques aux sels d’argent exposés pour la première fois dans leur totalité, sont, à l’exception des grand-formats, des pièces uniques non reproductibles tels qu’ils sont présentés aujourd’hui. 

 

De ce jardin naquit ma passion pour les jardins méditerranéens, indisciplinés et vivants, à l’image de celui des Henson. Les étés passés là-bas, les conversations avec Leïla, Bettina ou les fantômes d’artistes d’autrefois, ont façonné mon regard.

 

Leïla fut mon premier mentor. Elle m’a transmis une notion essentielle : la distance à maintenir face à ceux qui prétendent imiter la beauté. Je ne l’ai jamais appelée “Lili” et nous nous sommes toujours vouvoyés. Entre nous régnaient respect et affection. 

 

Plus tard, j’ai visité d’autres jardins à travers le monde. Je n’aime ni l’exubérance humide des jardins tropicaux, ni la rigueur géométrique des jardins à la française. Mon cœur penche vers la sécheresse poétique des jardins méditerranéens, où l’abondance s’accorde au désordre. 

J’ai retrouvé l’esprit du jardin Henson dans d’autres lieux : en Californie, sur la Côte d’Azur, la Riviera italienne ou au Maroc. Les jardins qui me touchent sont souvent des œuvres de vie, transmises en héritage au public. Je les ai photographiés comme je le faisais à Hammamet, cherchant à en saisir l’esprit du lieu, cette respiration singulière. 

 

Photographier un jardin exige d’écrire une partition minutieuse dans le chaos inextricable de la végétation. 

La photographie telle que je la pratiquais requiert la maîtrise de l’exposition et du traitement chimique pour obtenir le négatif le plus riche en nuances. Ce principe s’applique au tirage sur papier argentique. Je n’ai pas compté les heures passées dans l’obscurité de ma chambre noire à chercher l’exacte nuance de gris qui traduirait le mieux la matière épaisse et charnue d’une feuille d’agave.  

Si certains jardins m’ont ému plus que d’autres, un seul demeure pour moi le sanctuaire de l’âme de Hammamet. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je n’en ai pas photo

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