Avant de devenir une station proposée de venir et, en 1930, le refuge d’une élite cosmopolite qui fuyait une Europe en train de se fermer et de se fasciser. Des artistes, des aristocrates et des esthètes y ont bâti des villas entourées de jardins luxuriants, à l’abri des regards et des lois qui les menaçaient. Parmi ces belles demeures, la maison Henson, du nom de Jean et Violet Henson, qui accueillirent notamment Luchino Visconti, Jean Cocteau, Christian Bérard ou Diego Giacometti.
Après la mort des propriétaires, c’est Leïla Menchari qui hérite des lieux. Celle que le monde de la mode connaissait comme la magicienne des vitrines Hermès, dont elle orchestra la mise en scène pendant près de cinquante ans, y recevait avec la même exigence qu’elle mettait dans son art. C’est dans son jardin que le jeune Jellel Gasteli, alors étudiant en photographie à Arles, fit ses premières armes dans les années 1980. L’exposition Hortus, présentée cet hiver à la Selma Feriani Gallery de Tunis, révèle une série de tirages argentiques inédits. Une plongée intime dans les origines d’un regard.
Before becoming a sought-after resort and, in 1930, a refuge for a cosmopolitan elite fleeing a Europe that was closing in and turning fascist, artists, aristocrats, and aesthetes built villas surrounded by lush gardens, sheltered from prying eyes and threatening laws. Among these beautiful residences was the Henson house, named after Jean and Violet Henson, which welcomed, among others, Luchino Visconti, Jean Cocteau, Christian Bérard, and Diego Giacometti.
After the death of the owners, Leïla Menchari inherited the property. Known to the fashion world as the magician of Hermès window displays, which she orchestrated for nearly fifty years, she received guests with the same exacting standards she applied to her art. It was in her garden that the young Jellel Gasteli, then a photography student in Arles, cut his teeth in the 1980s. The exhibition Hortus, presented this winter at Selma Feriani Gallery in Tunis, reveals a series of previously unseen silver gelatin prints—an intimate dive into the origins of his vision.
AM : Pourquoi ce titre latin, Hortus, à l’heure où la culture classique semble en péril ?
Jellel Gasteli : Je trouvais que c’était plus intéressant que de parler de « jardins précieux » ou de « jardins enchantés ». Hortus, c’est brut, concis. Et puis ce titre est lié à une photographie qui ouvre l’exposition : une plaque de marbre que j’ai trouvée dans le jardin Hanbury, entre Menton et Vintimille. On peut y lire l’inscription latine suivante : Audiverunt vocem Domini Dei deambulantis in horto, soit : « Ils entendirent la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin. » C’est la Genèse, le jardin d’Éden juste après la chute. Cette image de la promenade divine dans le jardin m’a semblé être la porte d’entrée parfaite pour cette série.
Comment êtes-vous entré dans le jardin Henson la première fois ?
Par effraction, mais sans réels dégâts. J’ai enjambé la haie de figuiers de Barbarie. Dans les années 1980, je m’intéressais à l’histoire de toutes les maisons du golfe de Hammamet : celle de Georges Sebastian, de Jean Henson, des autres. Cette propriété manquait à ma géographie. C’est une bande de terre mitoyenne avec le Centre culturel, qui descend jusqu’à la mer. J’y suis entré par curiosité, j’ai joué à cache-cache avec le gardien pendant une heure. La densité de la végétation permettait de se dissimuler facilement. Je suis sorti par la plage, avec le désir de revenir. Quelques mois plus tard, j’ai sonné au portail. On m’a conduit jusqu’à Leïla Menchari. Je lui ai avoué mon intrusion. Je pense que ma candeur l’a touchée. Une amitié est née de cette rencontre.
Leïla Menchari vous a invité à séjourner dans cette maison… Elle m’a proposé de venir « m’imprégner des lieux et faire mes gammes en photographie ». Aujourd’hui, on parlerait de résidence d’artiste. J’y suis allé trois ou quatre étés de suite. J’étais étudiant à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, je faisais partie de la première promotion. À son contact, j’ai appris beaucoup sur les couleurs et les matières. Comment traduire en un cliché la texture charnue d’une feuille d’agave, la surface d’un nénuphar ? C’était un exercice permanent. Leïla a été mon premier mentor. Elle m’a transmis une notion essentielle : la distance à maintenir face à ceux qui…
AM: Why this Latin title, Hortus, at a time when classical culture seems under threat?
Jellel Gasteli: I found it more interesting than speaking of “precious gardens” or “enchanted gardens.” Hortus is raw, concise. Moreover, the title relates to a photograph that opens the exhibition: a marble plaque I found in the Hanbury Garden, between Menton and Ventimiglia. It bears the Latin inscription: Audiverunt vocem Domini Dei deambulantis in horto, meaning, “They heard the voice of the Lord God walking in the garden.” This is Genesis, the Garden of Eden just after the Fall. This image of the divine walk in the garden seemed the perfect entry point for the series.
How did you first enter the Henson garden?
By trespassing, but without causing real damage. I climbed over the prickly pear hedge. In the 1980s, I was interested in the history of all the houses in the Gulf of Hammamet: those of Georges Sebastian, Jean Henson, and others. This property was missing from my mental map. It’s a strip of land adjoining the Cultural Center, stretching down to the sea. I entered out of curiosity and played hide-and-seek with the guard for an hour. The dense vegetation made it easy to hide. I exited via the beach, with a desire to return. A few months later, I rang the gatebell. I was taken to Leïla Menchari and confessed my intrusion. I think my candor touched her. A friendship was born from this encounter.
Leïla Menchari invited you to stay in the house…
She suggested I come to “immerse myself in the place and practice my photography.” Today, we would call it an artist residency. I spent three or four consecutive summers there. I was a student at the École nationale supérieure de la photographie in Arles, part of the first graduating class. From her, I learned a great deal about colors and textures. How do you capture the fleshy texture of an agave leaf or the surface of a water lily in a single photograph? It was a constant exercise. Leïla was my first mentor. She taught me an essential lesson: the distance to maintain when facing those who…
